Emirelo · emirelo.frNuméro zéro · octobre 2026

La Lettre
bleue

L’actualité de la poésie, et les voix qui la font. Chaque mois, entre le gris et le bleu.

Couverture : fond peint du poème « Page blanche », Emirelo.

Numéro zéro · octobre 2026Feuilleter le PDF Télécharger le PDF
Une coulée de bleu profond traverse un ciel gris.
Fond du poème « À l’encre du ciel gris ».

I · Édito

Pourquoi une lettre, pourquoi bleue

La poésie, c’est le ressenti de chacun lorsqu’il tente de s’approprier les mots. Le mien, le vôtre, jamais tout à fait le même : un poème ne s’achève pas quand on l’écrit, il continue en celui qui le lit.

C’est pour cela que cette lettre existe. Chaque mois, elle dira ce qui se passe en poésie, un salon, un prix, un livre qui vient de paraître. Elle ouvrira une fenêtre sur la poésie turque, entrée dans ma vie par Asli, et qui a changé ma façon d’écrire l’amour et l’absence. Surtout, elle donnera la parole à d’autres voix. Ce mois-ci, Evelyne, Süleyman et Francesco, en français, en turc et en italien : trois façons de dire le bleu, et autant de façons de le recevoir.

Pourquoi bleue ? Parce que c’est la couleur que je cherche depuis mes premiers textes : celle qui vient quand quelqu’un manque, et qui reste quand il revient.

Ce numéro zéro est un essai. Dites-moi ce que vous y avez ressenti : la lettre se fera avec vous.

Emirelo

II · Le mois en poésie

À voir, à lire, à guetter

  • 2 – 4 oct.Paris 4ᵉ

    Le 36ᵉ Salon de la revue

    Des centaines de revues de tous horizons à la Halle des Blancs-Manteaux, 48 rue Vieille-du-Temple. Entrée libre : vendredi 20 h – 22 h, samedi 10 h – 20 h, dimanche 10 h – 19 h. C’est le meilleur endroit de l’année pour trouver les revues qui publient de la poésie, et leur parler de vive voix.

  • 8 oct.13 h · Stockholm

    Le prix Nobel de littérature

    L’Académie suédoise annonce son lauréat le jeudi 8 octobre. En 2020, il était allé à une poète, l’Américaine Louise Glück.

  • 2 nov.Les Deux Magots

    Les prix Apollinaire 2026

    Le prix Apollinaire et le prix Apollinaire Découverte seront remis au café des Deux Magots. Neuf livres restent en lice :

    • Claudine Bohi, Passage secret (La rumeur libre)
    • Guillaume Decourt, Harmonica, etc. (La Table ronde)
    • Julie Delaloye, S’il reste une voix (Cheyne)
    • Benoît Reiss, Vers les jardins de Kew (Gallimard)
    • Laurence Vielle, Les vies de Jésus (Abrapalabra)
    • Découverte : Julie Gaucher, Les vieilles (Nos accointances)
    • Éléonore Ghiuritan, En pièces (LansKine)
    • Johanna Hess, Ys (La Crypte)
    • Hortense Raynal, Botte de foin (Cambourakis)
  • Jusqu’au 22 nov.Place des Vosges

    Hugo et l’architecture. De la pierre à la plume

    À la Maison de Victor Hugo, le poète bâtisseur, celui qui fit de Notre-Dame de Paris un plaidoyer pour les pierres. Et, à partir du 13 octobre, la BnF ouvre Georges Perec. Modes d’emploi (jusqu’au 14 février 2027).

  • 8 – 31 mars 2027à préparer dès maintenant

    Le Printemps des Poètes 2027 : « La poésie, zones d’action »

    Le thème est connu : après la liberté, l’engagement, avec pour lieu d’ancrage la Bibliothèque de l’Arsenal. Il reste cinq mois pour écrire.

  • 12 – 20 déc.İstanbul

    Le 43ᵉ Salon international du livre d’Istanbul

    Au centre TÜYAP de Büyükçekmece, l’un des plus grands salons du livre d’Europe. Plus de six cents éditeurs et environ un demi-million de visiteurs chaque année.

Karel LogistBleu comme l’oubliAltura

Le livre bleu à guetter

Il fallait bien qu’une lettre bleue commence par là : le poète liégeois Karel Logist publie cet été Bleu comme l’oubli aux éditions Altura. Je ne l’ai pas encore ouvert : je le signale pour son titre, qui aurait pu être celui de cette lettre. Si vous le lisez avant moi, racontez-le-moi avec #LaLettreBleue.

III · Voix croisées

Trois voix, trois langues, un même bleu

Chaque mois, trois poètes que je lis sur X, publiés ici avec leur accord. Chacun reçoit sa carte, à partager librement.

Carte du poème d'Evelyne Charasse sur fond de vague bleue.
Je fends / Les eaux / Infinies / Pour atteindre / Le bleu

Evelyne Charasse

🇫🇷 @BleueEvelyne · en français

On croit que le bleu se donne au grand jour. Ici, il se mérite, au bout d’une nuit qu’il faut fendre : on plonge vers le haut.

Elle n’écrit que des poèmes courts, « même si certains sont un tout petit peu plus longs ».
Poème entier, publié avec l’accord de l’autrice · le poème sur X

Carte du poème de Süleyman Aydemir, en turc et en français, sur un horizon doré.
Kanatlarım var benim; süzülerek uçarım sonsuzluğa uzanan mavi gökyüzünde. Ne bir yönüm vardır sensiz, ne de varacağım bir yer. Çünkü hangi göğe yükselsem ufkumun sonunda yine sen varsın. — J’ai des ailes ; je vole en planant dans le ciel bleu tendu vers l’infini. Sans toi je n’ai pas de direction, ni de lieu où arriver. Car à quelque ciel que je m’élève, au bout de mon horizon, c’est encore toi.

Süleyman Aydemir

🇹🇷 @garfina35 · en turc

Le bleu, les ailes, et l’autre au bout de l’horizon : ce sont mes mots, dans une autre langue.

Publié avec l’accord de l’auteur · le poème sur X · traduction : Asli et Emirelo

Carte du poème de Francesco S. Fiorina, en italien et en français, sur une mer de nuit.
E la notte che viene non porta pena, ma un’altra carne; tutto l’addio s’azzurra in anelito vertiginoso e puro: domani s’apre un cielo senza nome. — Et la nuit qui vient n’apporte pas la peine, mais une autre chair ; tout l’adieu se fait bleu dans un souffle vertigineux et pur : demain s’ouvre un ciel sans nom.

Francesco S. Fiorina

🇮🇹 @Frances52779614 · en italien · « Un Poetico Sentire »

« S’azzurra » : l’italien sait conjuguer le bleu. L’adieu y bleuit. Le français n’a pas ce verbe, et c’est peut-être tout ce que je cherche à écrire.

Auteur toscan, il aime se définir « peut-être poète » : il partage ses vers en ligne, attentif à la poésie qui se cache dans les choses les plus menues.
Extrait d’« Azzurro », publié avec l’accord de l’auteur · le poème sur X · le poème entier, en italien et en français · traduction : Emirelo

Une mer bleue scintillante, deux verres sur une nappe blanche.
Fond du poème « Déjeuner bleu », Emirelo

IV · Fenêtre turque

Orhan Veli, ou le poème qui avoue ne pas pouvoir dire

Orhan Veli Kanık (İstanbul, 1914-1950) a fondé en 1941, avec ses amis Oktay Rifat et Melih Cevdet Anday, le mouvement Garip (« l’étrange ») : plus de rimes obligées, plus de langue savante, la poésie des rues et des jours ordinaires. Il est mort le 14 novembre 1950, à trente-six ans. Son œuvre est entrée dans le domaine public : nous pouvons la donner en entier, dans une traduction à nous.

Anlatamıyorum

Ağlasam sesimi duyar mısınız,
Mısralarımda;
Dokunabilir misiniz,
Gözyaşlarıma, ellerinizle?

Bilmezdim şarkıların bu kadar güzel,
Kelimelerinse kifayetsiz olduğunu
Bu derde düşmeden önce.

Bir yer var, biliyorum;
Her şeyi söylemek mümkün;
Epeyce yaklaşmışım, duyuyorum;
Anlatamıyorum.

Je ne peux pas le dire

Si je pleurais, entendriez-vous ma voix
Dans mes vers ;
Pourriez-vous toucher
Mes larmes, de vos mains ?

Je ne savais pas les chansons si belles,
Ni les mots si impuissants,
Avant de tomber dans cette peine.

Il est un lieu, je le sais,
Où tout peut se dire ;
J’en suis tout proche, je le sens ;
Je ne peux pas le dire.

Traduction : Emirelo

Pour aller plus loin : İstanbul’u dinliyorum (« J’écoute Istanbul »), paru dans la revue Varlık le 1ᵉʳ juin 1947, sera le prochain « À la croisée des mondes » sur emirelo.fr.

V · De l’atelier

Ce qui s’est fait ce mois-ci chez Emirelo

Le Mur bleu : des affiches de poèmes collées sur un mur.

Le Mur bleu

Soixante poèmes affichés comme des affiches de rue, à parcourir d’un regard : emirelo.fr/le-mur-bleu.

La carte de la joute n°1, sur Mallarmé.

La joute du jeudi

Un jeudi sur deux à 20 h sur X, un vers d’un grand poète, deux vers d’Emirelo, et le quatrain reste ouvert. Pour la n°1, sur Mallarmé, quatre chutes ont été publiées sur le site, sans classement : @aunryz, Clément Aymé, PoétiChris et Léo, hors concours. #LaJouteDuJeudi

Lya, silhouette de lumière sur fond bleu.

Lya chante en turc

Depuis notre première nuit, İlk gecemizden beri : une litanie bilingue où Lya, la voix française d’Emirelo, apprend la langue de celle qu’il aime.

Et vous ?

La lettre se fait avec ses lecteurs

Un poème lu sur X qui mérite d’être lu ailleurs ? Un salon, une parution, une lecture près de chez vous ? Signalez-le avec #LaLettreBleue ou écrivez à @Emirelo. Prochain numéro : jeudi 5 novembre.

Tous les numéros sont à lire et à télécharger sur emirelo.fr/la-lettre-bleue.

La lettre en PDF

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