Farrokhzâd, « Le vent nous emportera » : ce qui s’inquiète derrière la fenêtre

29 octobre 2026·La joute du jeudi

La joute du jeudi · n° 3

Derrière cette fenêtre la nuit frémit
Et la terre va cesser de tourner
Derrière cette fenêtre quelque chose d’indéfini
S’inquiète pour toi et moi

Forough Farrokhzâd, Le vent nous emportera (Une autre naissance, 1964) — traduction Leili Anvar

Forough Farrokhzâd (1934-1967)

Elle naît à Téhéran en 1934. Mariée à seize ans, elle divorce quelques années plus tard et perd la garde de son fils. Ses premiers recueils, dans les années 1950, disent à voix haute ce qu’une femme iranienne n’avait pas le droit de dire : le désir, la solitude, la colère. Le scandale est à la mesure du courage.

Elle ne s’arrête pas à la poésie. En 1962, elle tourne La maison est noire, un court film sur une colonie de lépreux près de Tabriz : elle y adopte un enfant. Puis vient Une autre naissance, son recueil de la maturité, où sa voix se dépouille et devient celle qu’on reconnaît entre mille. Elle meurt à Téhéran le 13 février 1967, dans un accident de voiture. Elle avait trente-deux ans.

Ce que dit la fenêtre

Le poème avance par petites touches, une nuit, un vent, des feuilles. Juste avant ces quatre vers, il y a ce basculement : « Un instant / Et puis rien. » Le monde tient à un souffle, puis la nuit se met à frémir.

Ce qui frappe, c’est la fenêtre, répétée deux fois, et ce qui s’y trouve : pas un visage, pas une menace, mais « quelque chose d’indéfini ». Farrokhzâd ne nomme pas ce qui s’inquiète. Elle laisse l’inquiétude sans visage, et elle lui donne pourtant un objet : « toi et moi ». La terre va cesser de tourner, et ce qui veille derrière la vitre ne s’inquiète pas du monde, seulement de deux personnes.

Un cinéaste, Abbas Kiarostami, a emprunté à ce poème le titre d’un de ses films en 1999. Mais le vers qui reste, pour moi, est celui-là : l’univers peut s’arrêter, l’essentiel est ailleurs, dans le « toi et moi » du dernier vers.

Forough Farrokhzâd n’est pas dans le domaine public : seuls ces quatre vers sont cités, pour la lecture, avec la traduction de Leili Anvar. Le poème entier se lit dans les éditions de ses œuvres.

La joute — à vous les deux derniers vers

À ses quatre vers répond une strophe de quatre. J’en écris deux, vous écrivez les deux suivants. La strophe n’est pas de moi : elle est de nous deux.

Le bleu devenu sombre est pourtant resté bleu
Nous avons libéré deux étoiles pour le garder en vie
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La règle : deux vers libres qui riment entre eux. La rime est libre.

Ouverture le jeudi 29 octobre à 20 h, réponses sous le fil sur X (@Emirelo) jusqu’au dimanche 8 novembre. Ce dimanche-là, toutes les chutes paraissent sur cette page, signées du nom de leur auteur, avec un lien vers son compte.

Farrokhzâd laisse la nuit frémir ; je lui réponds que le bleu, lui, ne cède pas. Et deux étoiles, c’est « toi et moi » rendus au ciel. La suite, c’est à vous de la trouver.

Les retrouvailles sont l’un de mes fils rouges : mes poèmes de retrouvailles.


La joute du jeudi — un jeudi sur deux, les vers d’un grand poète, une lecture courte, et une strophe ouverte. Sur X : @Emirelo · #LaJouteDuJeudi

La joute n° 1 : Mallarmé, « Apparition » · La joute n° 2 : Akhmatova, « Visite nocturne ».

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